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En finir avec la question du surcoût !

Celles et ceux qui ont vu l’émission « C’est la vie en plus » ce mercredi 27 février n’auront pas manqué l’échange intéressant sur la question du surcoût d’une maison à faible consommation énergétique par rapport à une maison « traditionnelle ». Quelques commentaires, après réflexion.

La question nous était posée, en tant qu’habitants d’une maison passive, sur le surcoût que nous avions dû payer pour ce genre de maison. A cela nous avons répondu par un ordre de grandeur (10-15%) généralement admis, à rapporter à ce que nous a coûté la maison au final, soit 300.000 euros.

S’en est suivi une réflexion soulevée par Monsieur André De Herde [1], un expert en énergie et habitat invité sur le plateau : pourquoi lorsqu’on parle d’énergie on parle toujours de surcoût, alors que pour la plupart des autres équipements de la maison, la question de savoir si c’est rentable ne se pose jamais ?

Faites le test : demandez au prochain candidat bâtisseur que vous rencontrerez si sa deuxième salle de bains, sa terrasse ou sa chambre d’amis sera rentable ? Il vous regardera avec de grands yeux. Par contre, si vous lui parlez de chauffe-eau solaire ou d’isolation performante, la question du surcoût et de la rentabilité vous sera immédiatement retournée...

Un raisonnement du siècle dernier, à changer absolument

L’expert proposait dans la foulée de ne plus parler de surcoût mais de parler de budget et de sobriété énergétique. Le budget parce que c’est l’enveloppe avec laquelle il faut bien compter, qu’on le veuille ou non ; la sobriété énergétique parce que toutes les maisons nouvelles ne devraient pas dépasser un certain seuil de consommation. Sinon leur facture énergétique sera à terme impayable.

A partir de là, soit vous avez assez de budget pour vous payer la maison de vos rêves, soit vous revoyez certains paramètres à la baisse : taille de la maison, car-port au lieu de garage, finitions à faire vous-mêmes… Mais surtout ne faites pas de concession sur la qualité énergétique.

L’extrait de ce débat, avec l’intervention de Monsieur De Herde :

Pour moi, tout devient plus clair. Aux candidats-bâtisseurs qui me rétorqueront qu’ils n’ont pas l’argent pour construire une maison basse-énergie, je vais répondre à l’avenir que si c’est vraiment le cas ils n’auront pas non plus de quoi payer la facture énergétique et qu’il vaudrait mieux dans ce cas ne pas construire...

A vos calculettes : la maison passive est définitivement plus économique

Si payer chaque année 2.800 litres de mazout [2] est encore possible aujourd’hui (2.100 euros au prix du jour, c’est déjà douloureux), le sera-t-il encore longtemps ? Les spécialistes s’accordent pour dire que ce prix va continuer à augmenter : sur base de la courbe actuelle, le pétrole est supposé à 130 $ d’ici un an [3], à 150$ dans les trois ans [4] et certaines banques travaillent même sur des scénarios avec un baril à 300 $ dès le pic du pétrole atteint. Et vous, que ferez-vous lorsque votre plein vous coûtera 4.000 euros ? Ou 6.000 ?

Avoir une maison qui demande autant d’énergie laisse planer une énorme incertitude sur son budget familial et la seule porte de sortie est de rénover son logement pour faire descendre la consommation. Ces travaux lourds demanderont un investissement de départ, que vous pourrez heureusement répartir dans le temps grâce à un emprunt.

A ce sujet, une étude française [5] a montré que, sur un échantillon de maisons construites en 1975, le coût d’une rénovation énergétique était de 100.000 euros en moyenne. Mais le pire dans tout cela, c’est que cette même rénovation appliquée à une maison d’il y a 10 ou 15 ans reviendrait pratiquement à ce montant [6]. Conclusion : construire une maison gourmande en énergie (15 lt/m2) vous permettra d’économiser un peu d’argent au départ mais vous coûtera très cher en énergie, puis très cher en rénovation. Face à cela, la maison passive (1,5lt/m2) ou la maison basse-énergie (+/- 4lt/m2) me paraît la seule option raisonnable.

La fin de l’énergie bon marché marque une nouvelle époque dans la construction

Qu’on le veuille ou non, l’énergie chère nous oblige à faire construire des maisons différentes de quand elle était bon marché. Vous pouvez tourner le calcul dans tous les sens. Quand aux maisons existantes, elles vont devoir être rénovées, sans exception, sous peine de ruiner leurs occupants ou de les obliger à renoncer au confort.

Alors je vous propose de ne pas vous laisser enfermer dans la question du prétendu surcoût de départ, utilisée par certains pour masquer les énormes surcoûts énergétiques qui s’annoncent. Enfin, mettons aussi d’urgence la pression sur les pouvoirs politiques, seuls capables d’agir sur les normes de construction et surtout sur le marché locatif.

[1] Professeur au Centre de recherche en Architecture de l’UCL (Louvain, Belgique), responsable "Architecture et Climat"

[2] Moyenne de consommation de chauffage de l’habitation unifamiliale belge

[3] Calculs actualisés sur http://www.oil-price.net. Depuis la rédaction de cet article en février 2008, le baril a déjà franchi la barre de 135$. Il est maintenant projeté à 160$ dans les un an.

[4] Selon une étude de CIBC mentionnée sur le site Enerzine .

[5] Dont j’ai malheureusement perdu les référence

[6] la seule différence peut venir des châssis, qui ne seraient nécessairement pas à renouveler

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Forum

  • Et la rénovation énergétique ?
    5 septembre 2008, par René B

    Bonjour,

    J’aimerai que vous disiez un peu ce que vous pensez de la rénovation énergétique. Car construire passif parraît assez logique mais cela suppose de construire...

    Est-ce que l’expérience du passif apporte quelque chose à la rénovation ? Quels conseils donneriez-vous à une personne qui veut diminuer sa facture de chauffage, mais sans reconstruire ?

    Bravo pour la démarche de ce site, bien utile quand on se pose des questions.

  • En finir avec la question du surcoût !
    11 août 2008, par Yomgui

    Surcoût il y a, mais pas forcement là où on le pense qu’il est préjudiciable : ce n’est pas dans les matériaux (qualitativement ou quantitativement parlant) mais plutôt dans la spéculation de ce nouveau marché et dans les taux d’intérêts des crédits qu’il restreint le choix.

    Le marché de la construction ’bio’ est en train de grandir et beaucoup de constructeurs sont en train de le comprendre, résultat leurs marges enflent avec la médiatisation de ces procédés.

    Seule l’auto-construction peut devenir rentable dans certaines zones. Je site d’ailleurs mon cas (près de la frontière suisse) où maintenant aucuns travailleurs gagnant un salaire « français » ne peut se permettre de construire tout simplement.

    Alors le surcoût à l’achat causé par les matériaux de meilleure qualités (qui est bien réel) augmenté par des marges plus importantes des constructeurs locaux, plus un prix de terrains exorbitant, fait que le prix de base dépasse très facilement les 450ke pour une maison de 125m2 habitable (taille moyenne des ventes en 2006) avec un terrain restant de 150m2 en plus (pour un construction bioclimatique).

    Rajoutez à cela le coût d’un crédit, les bénéfices économiques sur le plan énergétique sont complètement absorbés : choisir une maison passive devient un luxe.

    Donc oui le surcoût à la base de la construction peut-être un problème très sérieux.

    Si les constructeurs et les banques ne veulent pas faire le jeu et ne pensent que de se faire encore plus d’argent avec un nouveau marché, il n’est pas possible alors de le favoriser.

       
    • Construire, passif ou pas, devient financièrement difficile dans certaines régions
      17 août 2008, par Raphaël

      Bonjour,

      Je ne suis qu’en partie d’accord avec votre commentaire.

      Dans beaucoup de régions, devenir propriétaire d’un logement devient très difficile, voir impossible sans gros salaire. C’est la réalité et c’est un problème grave qui ne va pas en s’améliorant.

      Mais cela ne change rien au fait que construire une maison moins chère parce que moins bien isolée est un mauvais calcul et coute plus cher en énergie, ce qui annule la différence en quelques années. Ca fait maintenant des années que je fais des calculs et je peux affirmer qu’il est faux de dire que construire passif est un luxe. Le problème, qui nous concerne tous, est que se loger devient un luxe. C’est ça qui ne va pas.

      Vous parlez de l’auto-construction : là je suis entièrement d’accord avec vous. C’est une bonne piste pour maîtriser les coûts, à condition d’être bricoleur, bien conseillé et très motivé. Je pense d’ailleurs que l’"auto-rénovation énergétique" est pratiquement la seule piste pour améliorer massivement et rapidement le bâti existant... mais c’est un autre débat.

      Enfin, au sujet des matériaux écologiques : au fil du temps, certains augmentent, d’autres baissent. La concurrence joue de plus en plus. Etes-vous sûr que "leurs margent enflent" ? Moi je pense plutôt que le marché se développe, mais pas les prix unitaires.

      Quand le budget est serré, il est possible de construire passif avec les matériaux les plus économiques. Les gros postes non compressibles restent l’isolant (à cause de la quantité) et les vitrages. Mais pour ces derniers nous avons observé que les performances s’améliorent à prix égal. Donc vous voyez que la situation est très nuancée.

      Merci pour votre contribution et n’hésitez pas à réagir.

  • En finir avec la question du surcoût !
    6 mars 2008, par M. (mail)

    Je pense qu’il faut également rajouter que, dans le cas de maisons à faibles besoins énergétiques, une partie de ce besoin peut facilement être apportée par des énergies renouvelables. Il est par contre très difficile de founir l’équivalent de 15 litre de mazout par m² et par an au moyen d’énergie solaire, biomasse (imaginons la taille du silo à pellets...) ou autre. Les maisons à faible consommation énergétique font donc coup double : elles consomment moins et en plus elles consomment du renouvelable...

    Une Grange en Gaume
       
    • La faible demande nous oriente vers les énergies renouvelables
      12 mars 2008, par Raphael

      Vous avez tout-à-fait raison.

      Lorsqu’on a un besoin total en énergie de 30.000 kWh (2.800 lt de mazout + 3.000 kWh d’électricité), ce n’est pas très motivant - ni rationnel - d’installer des panneaux solaires pour une production par exemple de 2.000 kWh... Il vaut mieux investir dans l’isolation.

      Dans une maison passive (la nôtre par exemple demande un total de 4.000 kWh d’énergie par an pour vivre, s’éclairer, se chauffer, ventiler), l’apport d’une installation solaire photovoltaïque de taille raisonnable permet de couvrir facilement la moitié des besoins. On n’est plus très loin de la maison "à énergie positive" qui produit plus que ce qu’elle consomme.

         
      • La faible demande nous oriente vers les énergies renouvelables
        31 mars 2008, par cabon jean jacques (mail)

        Il est sur que le fait de construire une maison passive ou à faible consomation reste la seule solution durable.

        Mais comment faire pour construire : en effet on ne trouve pas de constructeur fournissant des maisons de ce type, il ne reste plus que le pasage oblige par l architecte,donc surcout non negligeable. Comment donc, avec un budget raisonnable construire ?

        Il est domageable que la plus grande partie de la population ne puisse acceder dans ce cas à la proprietee de l avenir...

           
        • Il y a aussi des entrepreneurs dynamiques qui planchent sur les maisons de demain au lieu de continuer à refiler celles d’hier
          31 mars 2008, par Raphaël

          Le marché est un peu bizarre pour le moment : il y a un décalage entre l’éveil des gens au sujet de la consommation d’énergie des maisons et ce que leur propose le secteur de la construction. C’est très dommage et il est temps que ça bouge ! Je reçois beaucoup de témoignages comme le vôtre, surtout de France. A chacune de nos visites, nous avons des gens qui viennent de France (la Champagne, la Lorraine, l’Alsace, Lille, Paris et même Dijon et Lyon !)

          L’entreprise Bioconstruct, qui a construit notre maison, est d’ailleurs en train de réfléchir à développer leur activité en France, avec des artisans locaux, tant ils sont sollicités par vos compatriotes.

          Nous vivons depuis 2006 dans une maison qui consomme l’équivalent de 150 litres de mazout par an. Cela prouve bien que c’est possible, surtout que nous sommes dans un climat rude. Mais alors pourquoi est-ce qu’on vous vend encore aujourd’hui des maisons où il faut 2.700 litres pour passer l’hiver (je cite une maison neuve à moins de 300m d’ici) ?

          Notre maison a coûté plus cher... mais plus cher que quoi ? Nous avions un budget et il a bien fallu faire avec. Nous avons préféré renoncer à quelques mètres carré et l’un ou l’autre équipement plutôt qu’économiser sur l’isolation. C’est comme ça qu’on doit construire les maisons, au 21ème siècle. Non ?

          Ne vous découragez pas, il y a aussi des entrepreneurs dynamiques qui planchent sur les maisons de demain au lieu de continuer à refiler celles d’hier.

        •  
        • pasage oblige par l architecte, un surcout non negligeable
          27 mai 2008

          bonjour, Comment considérer qu’un architecte est un surcout ? Pour moi, ce poste fait partie intégrante de la construction. Comme pour la réflexion formulée si dessus sur le surcout pour construire une maison passive, et la comparaison avec la deuxième salle de bain. On discute toujours les honoraires de l’architecte, mais considérez vous que le bénéfice de l’entrepreneur n’est pas un surcout inutil ? ou les 21% de TVA ? Si vous considérez le service de l’architecte comme un surcout, c’est que vous ne vous rendez pas bien compte de ce qu’il peut vous apportez, dommage...

             
          • pasage oblige par l architecte, un surcout non negligeable
            3 juillet 2008, par dad21

            bonjour a vous ,un architecte est rarement un surcout,car ils prennent un mini par maison ou un pourcentage souvent 12% ou 12000euros.en sachant qu’un constructeur prend 30% ou 30 000 euros sur une maison de 100 000 euros,le calcul est vite fait !!j’ai plein de collegues qui font construire et un copain maitre d’oeuvre chez un constructeur,et c’est moi qui passe pour un extraterrestre quand je parle d’isolation !!!les mentalites changent doucement a bientot

        •  
        • La faible demande nous oriente vers les énergies renouvelables
          4 février 2009, par Eric (mail)

          Vu l’opportunité du marché, de plus en plus de constructeurs se disent capables de réaliser du passif. Notre expérience professionnelle d’architecte démontre le contraire. A mon sens la meilleure formule actuelle consiste à combiner les compétences ( ou la volonté de chacun de vouloir apprendre) pour arriver à un résultat probant. Nous l’avons éprouvé pour notre construction et cela ne fut pas simple de conscientiser les entrepreneurs à l’obligation de résultat qu’impose la maison passive CONTRAIREMENT à la maison basse énergie qui peut ne l’être que sur papier... Eric Meeckers architecte... actif dans du passif !

Publié le jeudi 28 février 2008 , par Raphaël , lu 6322 fois

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